Elvesys dans le MOOK Tous innovateurs

guilhem-velve-casquillas-le-mookFin 2011 Le MOOK publie une interview sur ELVESYS dans son édition  TOUS innovateurs !

ELVESYS, issue de l’École Normale Supérieure de Paris, produit et commercialise des équipements scientifiques à destination des laboratoires de recherche et d’analyse, en particulier dans le domaine de la science et de la technologie des systèmes manipulant des fluides. Portrait de son cofondateur, Guilhem Velvé Casquillas.

Guilhem Velvé Casquillas est né en 1980.Il mesure deux mètres, fume une cigarette artificielle et revient d’un week-end où le barbecue a duré plus longtemps que prévu. Sa société, innovante dans le secteur microfluidique, «un domaine qui existe depuis dix ans et qui compte seulement 8000 chercheurs au monde », est la seule à avoir intégré les locaux de l’École Nor­male Supérieure (ENS), dans le Ve arrondissement. « C’est une chance d’avoir le soutien de l’ENS. Nous sommes particulièrement bien entourés : le chef du département chimie, Ludovic Julien, et le chef d’équipe en microfluidique, Yong Chen, sont des gens formidables et ils nous soutiennent beaucoup! »

ELVESYS, la société qu’il dirige, est attachée à une histoire de relations humaines. Maël Le Berre, son premier associé, est un ami de son village d’origine du Val-d’Oise à qui il doit un précieux conseil : faire une école d’ingénieurs lorsqu’il obtient son bac au rattrapage.

Guilhem Velvé Casquillas a eu l’idée de monter cette société en 2008 pendant sa thèse sur « Les échanges thermiques dans les dispositifs microfluidiques » et après avoir participé à programme de recherche avec l’université de Pennsylvanie (États-Unis). Avec un troisième associé, ils ont remporté le Oséo Émergence en janvier 2010 et intégré Agoranov en mai de la même année. « On vous fait rentrer parce que vous avez la niaque et que vous en avez besoin, nous ont-ils dit!» ELVESYS développe des instruments à destination des laboratoires de recherche. « ils sont minuscules mais toujours habillés d’une grosse boite de la taille d’un autoradio. Les modèles de hi-fi haut de gamme sont notre référence en design. La société a mis au point deux gammes d’instruments. La gamme Elvebio est spécialisée dans le contrôle de température sur microscope. Le principe est de pouvoir changer la temperature d’une cellule en une seconde alors qu’une minute était auparavant nécessaire. L’innovation se fonde sur « un principe d’injection d’eau chaude dans des microcanaux, un radiateur en somme! ». Parallèlement, la gamme Elveflow propose toutes sortes d’instruments de manipulation des fluides pour faciliter les expériences dans les laboratoires de microfluidique.

« Au départ, je ne voulais pas déposer des brevets, monter une boite, et puis à force d’échanger sur ce sujet, je me suis rappro­ché de cette idée. J’en ai parlé à Maël Le Berre, lui aussi docteur à l’ENS, puis à un autre ami et collègue. Nous avons décidé qu’ils resteraient chercheurs et que je quitterais tout seul la recherche pour créer la société. Je suis parti poser les premières briques en 2009 et tout le monde a immédiatement travaillé. Beaucoup. Nous nous sommes pris des coups jusqu’à ce que l’on me conseille de faire une formation en entrepreneuriat à Centrale, et la finance m’a bien plu.»

L’envie d’être chercheur semble être dans sa nature. «Être curieux, faire avancer la société, créer un chemin agréable et surtout infini… » Après sa thèse, rester uniquement chercheur signifiait de garder une loupe à la main. « C’est en prenant des vacances, du recul, que j’ai découvert le télescope. Faire des allers-retours entre la science et la finance, c’est passionnant! J’ai décidé de passer ma vie à changer de bulle. C’est sympa aussi d’être riche, cela permet d’être un peu plus libre! »

Guilhem voulait être entouré de personnes qu’il apprécie. «Je poursuis des rêves : c’est un vrai bonheur de retrouver, chaque matin, l’équipe d’ELVESYS». La société existe officiellement depuis mars dernier, date à laquelle leurs instruments étaient enfin prêts pour la vente. Auparavant, ils ont pris le temps de bien questionner tous les autres chercheurs et laboratoires. « Cela se passait au café du coin en général. »

Sur les sept personnes travaillant à plein temps pour ELVESYS, tous sont chercheurs en microfluidique à l’exception d’une femme chargée de la partie finance et du frère de Guilhem, ingénieur informatique qui a récemment quitté un poste important pour les rejoindre et développer les machines et leur design. Dans cinq ans, ils devraient être une vingtaine et avoir un laboratoire autonome « dans une maison avec jardin, un cadre idyllique, parce que je souhaite que les choses évoluent dans le bon sens ». Il associe le travail au plaisir. S’il est conscient qu’il y a des combats à mener, cela ne doit pas occulter l’épanouissement personnel. «Je ne veux pas m’entendre dire plus tard “j’ai résisté à l’appel du large” mais plutôt “j’ai construit en considérant ce besoin d’aventure”. » Son père est commercial. Sa mère, professeure de dessin, lui a répété une chose capitale: • Le principal est d’être heureux! »

• La science apporte à l’humanité. Si j’arrive à faciliter le travail des chercheurs, j’accélère le mouvement positif. La science a permis d’accéder aux loisirs. Sans elle, nous serions encore tous agriculteurs ou chasseurs. Avec la microfluidique, tout peut s’étudier à partir d’une goutte de sang. Une machine permet désormais de déceler des maladies chez un homme à l’autre bout du monde, devenant l’équivalent d’un hôpital ambulant. Dans le domaine privé, on ne peut pas se fourvoyer. L’innovation doit partir d’un réel besoin.»

Dans sa bibliothèque idéale, il place en premier Narcisse et Goldmund d’Hermann Hesse, un livre qui l’a incité à voyager dès ses 21 ans, puis un ouvrage sur l’entrepreneuriat, La Semaine de quatre heures, de Tim Ferris. Surtout pas L’Art de la guerre. On aurait pu le deviner.

Carinne Merlino